Présentation de la série  
 
       
 

Emmanuel Frot

Un dimanche à Paris



Depuis quelques années, je vois évoluer le regard photographique d'Emmanuel Frot, toujours dans un cadre de reportage et dans une recherche constante de sincérité et d'esthétique. Cette année, nous avons commencé une formation de niveau 3 (suivi de projet artistique) pendant laquelle je l'ai accompagné dans la réalisation de son projet sur Paris. Les étapes ont été nombreuses et exigeantes : mettre au point ses idées, être au clair sur ses envies, assimiler le langage de l'image et apprendre à parler de ses photos, à les comprendre et à les sélectionner.
Tenir un projet sur le long terme, lui garantir une cohérence et soigner la forme...

Aujourd'hui, le résultat est là : la série « Un dimanche à Paris » ouvre la voie d'une promenade lumineuse et aérée dans une métropole apaisée et qui, une fois n'est pas coutume, semble accueillir avec douceur ses propres habitants.

Savine Dosda

***

Un dimanche à Paris

Psychologue praticien, mon objectif à travers ce projet est de relier mon métier avec le monde de la photographie. Ma profession passe essentiellement par l’écoute mais également par l’observation des attitudes, ce qui permet d’avoir des indications fines sur la façon dont les personnes ressentent les sujets abordés. Tous ces indices, révélateurs d’émotion, m’emmènent dans leur histoire de vie, sur des chemins dont on ne connaît pas a priori l’aboutissement. Lorsque je me suis mis à pratiquer la photographie, c’est tout naturellement que je l’ai fait dans cette même attitude attentive. Par la suite, la photographie est devenue un outil de traduction et de création : à partir de mes observations, j’ai conçu des images invitant à la rêverie, à la douceur et où le Paris du XXIème siècle se confond avec celui de nos rêves : un Paris éternel et intemporel.

L’idée initiale était de montrer Paris sous un jour différent : détendu, tranquille et paisible ; loin de l’image trépidante que l’on peut se faire de cette grande métropole. Dans cette perspective, j’ai photographié des personnes prenant le temps de se détendre, de lire, de se promener, de jouer, de passer du temps seuls avec eux-mêmes ou avec d’autres. Dans toutes ces activités, le temps ne compte pas. La tranquillité des scènes, leur caractère intimiste, le choix de décors chargés d’histoire évoquent un Paris intemporel : dans mes images, le temps s’est arrêté.

Afin d’illustrer ce choix et l’orientation que je désirais donner à ce travail, j’ai intitulé la série : « Un dimanche à Paris ».

Pour mettre en place ce projet, mon regard s’est porté sur différents lieux de Paris que j’ai l’habitude de fréquenter : lieux historiques, quartiers animés, etc.
Il se construit essentiellement autour de scènes de vies. On y voit des Parisiens, des promeneurs, des touristes, des flâneurs, des amoureux, des enfants, des familles, à la manière d’un grand théâtre vivant dont les passants seraient les acteurs principaux. J’ai eu beaucoup de plaisir à observer, à capter et à traduire en images ce spectacle permanent. Je suis donc allé à Paris dès que mon emploi du temps le permettait, toujours en quête de ces scènes de vie et d’une ambiance poétique.

Le choix de la lumière a été également important pour traduire des émotions : des lumières agréables, douces et enveloppantes que l’on retrouve souvent les soirs d’été ou en début de nuit ; des lumières sensuelles (brillances sur les pavés, lumières frisantes, jeu des matières, ombres longues, éclairages urbains, clair--obscur…). En termes de prise de vue, j’ai opté pour des cadrages serrés montrant peu de détails, j’ai mis de très faibles distances entre les sujets et moi, tout en privilégiant des angles ou des éclairages laissant les personnages peu reconnaissables : ces partis pris ont accentué l’intimité des scènes et ont permis de s’y projeter.

J’ai également choisi le noir et blanc pour accentuer le caractère poétique et romantique que je recherchais dans mes images. J’avais envie qu’elles soient porteuses de rêve et qu’elles expriment une force et ma sensibilité. Je souhaitais privilégier un contenu émotionnel, un peu à la manière des photographes humanistes comme Izis, Boubat, Doisneau ou Ronis qui regardent leurs contemporains à travers le filtre de leur propre humanité. Je pense que l’ambiance légère et insouciante de beaucoup de photos que l’on retrouve dans ce courant, comme « les amoureux de l’île du vert galant » d’Izis ou encore la photographie de Ronis montrant des enfants à Belleville, se retrouve dans mes clichés.

« Un dimanche à Paris » comporte 26 photographies en noir et blanc qui sont organisées en une suite d’images. Leur déroulement est une métaphore de l’itinéraire du photographe lui-même.

La première photographie fonctionne comme une véritable ouverture sur la série : il s’agit d’une vue d’ensemble des quais de Seine autour de Notre-Dame de Paris, prise depuis le pont de la Tournelle. On y voit des gens qui se promènent ou qui font une pause ; une péniche passe, il fait beau. Le point de vue du photographe est surplombant, nous ne sommes pas encore impliqués dans l’action.

Avec les photographies suivantes, nous nous rapprochons progressivement de ces personnes, la distance s’amenuise et nous participons à leurs activités : nous nous échauffons en même temps que les futures participantes à la course des Parisiennes, nous nous envolons à bord du manège des Tuileries et nous jouons même avec les enfants sous les brumisateurs de Paris-plage.

Après le partage de ces activités ludiques, la série prend un cours plus paisible et l’on quitte la foule pour se retrouver : on photographie, on lit, on s’assoupit, on rêve. On profite de ces beaux moments de calme et de soleil.

Puis les ombres s’allongent, les lampadaires s’allument, la nuit tombe et l’envie de partager des moments plus intimes avec des gens que nous aimons se fait plus présente. Des amoureux s’embrassent devant Notre-Dame, un couple regarde avec intérêt les photos de leur journée, entourés de la tour Eiffel et de la Seine, etc.

La série se termine par la photo intitulée « songe d’un soir d’été ». Le personnage que nous voyons sur l’image semble paisible : les yeux fermés, il écoute de la musique accoudé à un pont. Le photographe occupe vraisemblablement une position similaire et semble relié à son modèle par la rambarde du pont. Les lignes de la photo nous amènent à nous projeter, avec le personnage, dans une douce rêverie. Du point de vue du lieu, cette photographie fait écho à la première image de la série, à ceci près que nous sommes cette fois invités, comme le photographe, à un moment de repli après les événements forts, pleins d’émotions, de la journée.

Emmanuel Frot

   
 

 


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