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Vue de l'installation de Denis Rouvre

 

L’exposition de Denis Rouvre Identités, territoire de l’intime, à L’église Saint-Blaise, est un beau travail sur l’humain. Il dépasse de loin la présentation qui en est faite sur le programme des Rencontres d’Arles, à savoir :

 » Qu’est-ce qu’être français ?, un an à la rencontre de Français d’horizons et d’origines variés.  »

Vue de l'installation de Denis Rouvre

 

L’oeuvre prend la forme d’une installation qui allie l’écrit, la voix et l’image.

Pendant 37 minutes, des hommes et des femmes s’y présentent et tentent de répondre à la question qui leur est posée ( » Qu’est-ce qu’être français « ), mais leur réponse répond bien davantage à celle-ci :  » Qui êtes-vous ?  »

Le montage de Denis Rouvre est très subtilement fait : pour chaque personne photographiée, apparaît d’abord sur l’écran noir son nom, qui coïncide avec le début de la voix enregistrée. A peu près 5 secondes plus tard, alors que l’on commence à imaginer le visage qui correspondrait à ce nom et à cette voix, le portrait apparaît progressivement : d’abord les yeux, puis les traits, et seulement à la fin les quelques détails de l’habillement visibles dans le clair obscur de la prise de vue.

Vue de l'installation de Denis Rouvre

 

Ce décalage de temps entre la prise de connaissance du nom et du prénom, qui selon leur consonnance nous appose déjà un label (ceux qui cherchent du travail en envoyant un CV le savent bien), la présentation orale et l’émergence du visage fait toute la force du travail car il reflète les différents canaux d’existence d’une identité, qui souvent de manquent pas de contradictions. Et il balaye nos stéréoptypes en nous les révélant.

Vue de l'installation de Denis Rouvre

 

L’autre point fort de ce travail, c’est le témoignage des personnes photographiées, porté par leurs voix : ils nous parlent de leurs blessures, de leur histoire, de leurs parents, de leur éducation, de leur idéaux, de leur spiritualité, de leur faciès et de leur rapport à la France. Leur identité est décrite comme une lutte, une construction fragile qui déborde largement la question de la nationalité.

Le visage, apparaissant en dernier, est vécu comme l’incarnation après-coup de toute cette histoire personnelle, sa résultante. Le puissant clair obscur qui éclaire ces visages accentue leurs traits et les marque. Il y a quelque chose dans ce traitement qui pour moi frise la caricature et qui m’a moins plu. Mais il est possible qu’une image au contraste moins poussé aurait peut-être parue fade en comparaison avec la voix, si remplie d’émotion et de force…

Peu importe, j’ai apprécié ce travail, car il exprime avec finesse qu’être français, c’est surtout être. Et ça, c’est tout sauf facile.

 

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