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Vue de l'exposition Bons baisers des colonies

 

Au Bureau DesLices, ancien bâtiment administratif reconverti en lieu d’exposition, on baigne dans le rouge et ce n’est pas une métaphore : à l’entrée des 4 étages d’exposition dont toutes les fenêtres et les sources de lumière sont recouvertes de film rouge, filtrant ainsi la lumière comme dans un labo noir et blanc, on vous distribue une lampe qui permet déjà d’y voir plus clair et accessoirement de voir les oeuvres exposées.

Je dis accessoirement car même si on peut ainsi éclairer l’un ou l’autre cadre, cet outil de vision parcellaire ne rend pas la tâche aisée. J’ai eu du mal à comprendre la raison d’être de ce dispositif d’accrochage.

Un rapport avec la notion de collection, sans doute : les quatre expositions présentées sur quatre étages différents étant toutes issues de collections privées ou publiques. J’y reviendrai plus longuement à propos de la collection de Martin Parr et Wassinklundgren.

La première exposition de cet ensemble, Bons baisers des colonies, m’a beaucoup attirée par sa présentation :
 » Une relecture critique des cartes postales coloniales de femmes, support d’une représentation idéologique et d’un imaginaire fantasmé « .

J’ai trouvé fort juste et pertinent d’interroger et de décrypter cette pratique qui consistait à l’époque à envoyer une photo de femme exotique au pays, comme on envoie la photo d’une curiosité locale. Je comprends ce sentiment, en tant qu’originaire d’une ancienne colonie française, d’être finalement dépossédé de son propre regard sur soi, au profit du regard plaqué par la Métropole. De l’extérieur.

Mais les photos montrées dans l’exposition, malgré tout, sont belles et peu compromettantes. C’est le contexte de leur création et de leur utilisation qui est pointé du doigt.

Quant à savoir si, comme le texte de présentation l’avance, les  » femmes indigènes » exprimeraient malgré tout leur vérité humaine dans ces représentations, je suis sceptique. A part indiquer que ces femmes ont existé et qu’elles ont posé pour ces clichés, ce qui bien sûr est touchant, les photographies de cette exposition me semblent plutôt refléter le regard que les photographes ont porté sur elles.

Mais sur l’une de ces images (cf ci-dessous) un regard malicieux et vivant perce le cellophane qui recouvre toutes ces femmes-cartes postales. C’est elle qui nous observe et ça, ça change tout.

Vue de l'exposition Bons baisers des colonies

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