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Le problème avec les collections en général, c’est qu’elles sont le résultat de l’obsession d’un seul homme, pour les timbres, les papillons, les modèles réduits ou tout autre objet de son désir.

Bien sûr, certaines collections sont passionnantes pour nous, tierces personnes, et nous sommes heureuses de les découvrir et reconnaissantes au collectionneur de les avoir rassemblées et préservées. Mais pour cela, il faut d’une part que leur contenu soit de qualité, et d’autre part qu’elles nous soient présentées de manière pédagogique et intéressante. Ce qui implique de faire des choix et de réfléchir à un parcours qui structure l’exposition.

Si ces deux conditions ne sont pas respectées, l’exposition de la collection produit le même effet sur les spectateurs qu’une fastidieuse soirée diaporama de photos de vacances chez des amis.

Cette année à Arles, un certain nombre de collectionneurs se sont mis d’accord pour présenter leur collection ensemble au Bureau DesLices, dans une lumière rouge. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler au sujet de l’exposition Bons baisers des colonies.

Aujourd’hui, je vous parlerai de la collection de livres de photographies chinois présentés par Martin Parr et Wassinklundgren. Malheureusement, je n’ai pas trouvé que cette collection soit mise en valeur.

Cette vaste collection est présentée sur plus d’un étage : sous forme de projections montrant les livres feuilletés, sous forme d’exposition de livres à consulter sur une table, ou de planches et de photographies encadrées. De la même façon que pour l’exposition Bons baisers des colonies, on doit utiliser une lampe fournie à l’entrée de l’exposition pour éclairer les œuvres que l’on veut voir, ou les textes que l’on souhaite lire. Et ce, sur au moins une dizaine de salles bien remplies.

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Le premier défaut de l’exposition, c’est qu’il y en a trop. Ensuite, le fait de devoir éclairer soi-même les œuvres rend la découverte et l’appréciation difficile, fastidieuse et physiquement éprouvante. Imaginez comme il est aisé et confortable de feuilleter un livre d’une main tout en l’éclairant de l’autre avec la lampe de poche !

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Je ne comprends pas pourquoi les deux commissaires de l’exposition ont fait ce choix de nous obliger ainsi à faire le choix de regarder telle ou telle image en l’éclairant.

Trois éléments ont contribué à ce que je ne quitte pas directement l’exposition pour aller voir ailleurs si l’on m’y recevait mieux : le premier est que j’apprécie en général le travail photographique de Martin Parr et qu’en tant que commissaire d’une exposition il partait avec un préjugé positif ; le second est que cette exposition a été la première que j’ai visitée, j’étais donc pleine de bonne volonté et d’énergie ; le troisième est que je suis d’un naturel tenace quand je vais voir une expo : je vais jusqu’au bout avant de me faire une opinion.

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J’ai donc prêté attention aux oeuvres, regardé patiemment quelques projections, feuilleté deux livres intéressants dont malheureusement je n’ai pas pu noter les références et déniché par hasard une photographie de Jiang Jian qui m’a émue (cf ci-dessous). Puis, voyant venir encore d’autres salles et d’autres oeuvres, j’ai quitté l’exposition, à bout de nerfs.

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Alors quel est le concept qui sous-tend cette présentation pour le moins rébarbative d’une collection ? Une simple envie de changement ? Veut-on nous faire comprendre par là que nous entrons dans l’univers intime et privé d’une personne, et que nous devons découvrir son trésor comme des voleurs, à la lampe de poche ? Qu’une collection est en premier lieu une accumulation et que c’est à nous d’en sortir ce qui nous plaît, à la manière d’un chineur arpentant minutieusement les vide-greniers à la recherche de la perle rare ?

J’ai trouvé la mienne avec ce beau portrait de musicien. Mais pour un Christophe Colomb découvrant l’Amérique, combien de marins vont-ils faire demi-tour et rentrer au port, découragés par l’immensité de la tâche ?

 

Martin Parr et Wassinklundgren
Rencontres photographiques d’Arles 2014
Bureau DesLices, jusqu’au 21 septembre.

 

 

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