Photographe devant une fresque de street-art.

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Franchement, est-il est bien sérieux de prendre ou de donner un cours de photo à Paris en pleine pandémie ? Ne vaudrait-il pas mieux renoncer, par principe de précaution, à toutes ces activités certes plaisantes mais ô combien futiles et, somme toute, pas vraiment vitales ?

C’est vrai : être dehors, converser, approcher des gens, se promener, flâner, prendre le temps de regarder, prendre le temps d’apprendre un art (et de l’enseigner) pour le plaisir… mais comment peut-on prendre un tel risque ?

C’est pourtant ce que Sandrine et moi-même avons choisi de faire il y a quelques jours, dans le quartier populaire de Ménilmontant.

Les yeux libres au-dessus du masque (et les mains bien propres !), nous avons consacré un bel après-midi à faire quelques pas en photographie, hors du mode tout automatique de son appareil et dans le monde graphique et poétique du noir et blanc.

Quatre heures de découverte, d’apprentissage, de travail et… osons le dire, de plaisir !

Prendre du temps pour pratiquer son violon d’Ingres, découvrir l’importance du regard en photographie, prendre la main sur les réglages de son appareil photo, sortir, marcher, regarder la lumière et faire quelque chose d’autre… et ainsi échapper quelques heures à notre quotidien de robot : travailler, oui, mais pas de contacts, pas de bises, pas de théâtre, pas de ciné, de resto, de tango ! Surtout, pas de répit, rentrer vite et rester bien chez soi pour éviter tout risque.

Alors… et si, finalement, tout cela relevait, au contraire, du plus grand sérieux et de la plus grande urgence ?

L’urgence de cultiver ses passions, de voir les choses autrement, et de faire ce que l’on aime.

Dans notre pratique de la photographie, aussi, nous avons exploré la possibilité de s’émanciper quelque peu de la « machine photographique ». En sortant du mode tout automatique, Sandrine a pu découvrir l’importance du rapport à la lumière et la vaste déclinaison de choix esthétiques qui s’ouvraient à elle en prenant la main sur les réglages de son appareil photo.

Bien sûr, les images prises en mode « auto » n’ont pas a priori moins de valeur que celles faites en mode « manuel », surtout si elles sont le produit d’un œil curieux tout entier attentif à son envie de photographier.

Il faut surtout garder vivante cette envie de photographier.

Mais ce que Sandrine a découvert, ce sont les limites que lui imposait – à son insu – l’utilisation du mode tout automatique, et le champ de liberté qui s’ouvre quand on comprend, de l’intérieur, les réglages de base de l’appareil et leur rôle sur l’image. Pour le·la photographe qui fait ce choix, c’est tout un univers qui s’amorce, un itinéraire-bis, celui de la découverte, de l’expérimentation, des chemins de traverse, de-ci, de-là. Tout le contraire d’une autoroute.

Ensuite, avec l’exploration de la composition en noir et blanc, Sandrine a commencé à regarder la lumière autrement, à jouer avec la palette des gris, à voir la brillance des reflets, à harmoniser les lignes et les masses dans son cadre.

En un après-midi, nous sommes passées de l’action de « prendre des photos » à celle de « faire des photos ». Ce qui n’était possible qu’en remettant au centre le travail du photographe, avec son regard et sa personnalité.

Dans les rues de Ménilmontant et les allées du parc de Belleville, nous avons croisé avec une étrange émotion d’autres flâneurs et des groupes d’ados, qui se cachaient presque pour prendre leur temps et se détendre. Il y avait une atmosphère très bon enfant, comme si tout ce petit monde avait conscience de la valeur précieuse de ce bref moment de liberté et d’insouciance.

Il peut arriver que des photographes ne soient pas toujours bien perçus dans certains quartiers ou à certains moments par les habitants (et sans doute avec raison). Durant ce cours, j’ai ressenti exactement l’inverse : comme si, en cette veille de couvre-feu, le fait de côtoyer deux photographes, dehors, tout occupées à leur passion, rappelait aux passants que la ville valait encore la peine d’être mise en valeur par une photographie.

Alors, oui, ne l’oublions pas, il est impératif de protéger sa santé et celle des autres, mais rien n’empêche de garder les yeux ouverts.

J’ai coutume de dire à mes stagiaires que « la photographie est un plaisir et doit le rester ».

Aujourd’hui, quoiqu’on en dise, elle peut encore le rester.

Alors, de grâce, ne nous en privons pas !

 

Savine Dosda

 

Pour découvrir les autres photos faites par Sandrine pendant son stage, cliquez ici !

Photo Sandrine Ribeiro

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