Photographie en noir et blanc d'un meeting politique aux Etats-Unis

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Alors que les Américains s’apprêtent à élire leur nouveau président, j’ai choisi de mettre à l’honneur le travail réalisé aux Etats-Unis par une de mes stagiaires : Delphine Delquié.

Je vous présenterait donc, jusqu’au résultat du vote, différentes séries réalisées par Delphine au cours de sa formation Suivi de projet photo. Photographiant des événements privés ou publics comme des meetings de campagne ou des manifestations (Marche des fiertés, Marche pour la vie, Women’s March, Black Lives Matter), elle nous apporte son regard personnel sur l’actualité et la société américaine.

Pour commencer, retour sur le dernier meeting de campagne du candidat Pete Buttigieg, avec la première série réalisée par Delphine : « Pete 2020. »

Je vous propose également de découvrir l’histoire de cette série et le parcours de la photographe au travers de l’interview ci-dessous.

Bonne découverte et à bientôt pour la suite de ces photographies américaines !

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Interview réalisée le 26 octobre 2020

Savine Dosda : Delphine, vous avez suivi un certain nombre de formations à L’école du regard dans les années 2008/2010 et aujourd’hui vous réalisez un nouveau travail aux Etats-Unis. Pourriez-vous nous parler tout d’abord de votre parcours, de vos centres d’intérêts en tant que photographe ?

Delphine Delquié : Mon parcours commence au lycée, en seconde, quand j’ai rejoint le club photo… donc je vais faire un résumé rapide.

J’ai été formée à la photographie argentique en noir et blanc. Je suis ensuite passée au film couleur et puis au numérique. Suivi d’un retour en force de l’argentique quand j’ai commencé à collectionner les appareils anciens – avec une légère fixation sur les appareils à double objectif et le moyen format. J’ai expérimenté tout un tas de techniques : la lomographie, le sténopé, le polaroid… mais aussi mon téléphone portable.

J’alterne entre le numérique et l’argentique, tout dépend de l’urgence et du temps que je peux y consacrer. Je cherche encore le support idéal qui pourrait convenir au genre photographique qui m’intéresse, la photographie de reportage.

S. D. : Comment en êtes-vous arrivée à travailler aujourd’hui dans cette veine photo-journalistique ?

D. D. : De la même manière que j’ai essayé plusieurs techniques, j’ai également exploré plusieurs genres de la photographie, les portraits, les paysages, le noir et blanc, la couleur, je photographiais tout et n’importe quoi, finalement. Et puis, un jour quelqu’un m’a dit (peut-être, vous, Savine ?) qu’il fallait choisir un style et s’y consacrer pour y exceller sinon on restait moyen dans tous les domaines. J’ai choisi les portraits, parce que j’aime les gens, j’aime les rencontres et les conversations. Mais les séances en studio ou en extérieur ne m’apportaient pas ce que je recherchais vraiment chez les personnes que je rencontrais et qui venaient poser pour moi. Je ne savais pas les « diriger ». Je voulais seulement les laisser évoluer devant moi et les laisser faire ce qu’ils voulaient pour capturer l’essentiel, mais ce n’est pas compatible avec une séance en studio.

Indépendamment de ma passion pour la photographie, je participe souvent à des manifestations. Et je prends toujours mon appareil avec moi, pour capturer l’instant, pour me souvenir de ces moments historiques, on ne sait jamais. Et progressivement, je me suis rendue compte que les photos que je rapportais de ces évènements correspondaient aux attentes que j’avais de la notion de « portraits ». Des captures de l’instant, un sourire, un regard, des émotions sincères… J’avais trouvé mon domaine de prédilection : le reportage photographique !

S. D. : Quel a été l’apport de L’école du regard dans ce nouveau travail ?

D. D. : J’avais besoin d’aide en décembre dernier pour mener à bien un projet personnel. J’ai contacté Savine pour lui exposer mon idée et elle m’a fait une proposition de formation sur 6 mois. Le but de ce cours à distance (je vis aux Etats-Unis et L’Ecole du Regard est à Paris) était de monter une ou plusieurs séries avec les photos de manifestations que je possédais déjà, mais aussi d’améliorer ma technique pour pouvoir rentrer d’une manifestation avec de meilleures photos.

Les deux premiers mois et demi ont été très productifs. J’ai beaucoup appris et vraiment progressé sur la technique. Savine m’a aidée à me recentrer exactement sur ce que je voulais faire. Elle m’a aidée à ordonner mes idées, à me concentrer et à transformer ces idées en photo. Elle m’a fait étudier d’autres photographes, m’a fait travailler l’approche, m’a appris à m’approprier un sujet, à me concentrer et à être rapide et préparée.

Et le virus est arrivé. Cela n’a rien changé au format de notre cours, déjà à distance, mais nous avons dû en repenser les objectifs. Les manifestations, concerts et autres rassemblements auxquels je devais participer pour peaufiner ma technique ont tous été annulés, et la galerie où je devais exposer ma série a fermé. Alors il a fallu réinventer le cours. J’ai dû abandonner la pratique sur le terrain pour me concentrer sur la production d’une ou plusieurs séries. Nous avons travaillé sur la série « Pete, 2020 », en premier, ensuite sur mon projet de photographies de manifestants, que j’ai appelé « Marchons ! ». À partir de ce moment-là, j’ai beaucoup appris sur le choix et la lecture des images, l’esthétique d’une série, l’art de raconter une histoire, la mise en relation des images entre elles, l’articulation et la mise en page. Et finalement, d’une manière inattendue, j’ai aussi appris à écrire…

S. D. : Avez-vous l’intention de devenir photographe professionnelle ? Que représente la photographie pour vous ?

D. D. : Non. Je veux juste être photographe. Le mot « professionnelle » sous-entend un aspect financier que je suis incapable de gérer. Je ne sais pas mettre un prix sur mon travail. C’est une passion, une obsession, je vois littéralement le monde autour de moi à travers un objectif. Si je n’ai pas d’appareil sur moi, ce qui arrive rarement, j ‘imagine la photo que j’aurais prise dans telle ou telle situation. Je veux juste faire de la photo. Je ne me sens pas prête à sauter le pas et à devenir professionnelle. Je ne vis pas de la photo, je dois travailler (dans un autre domaine) pour faire vivre cette passion. Je regrette aussi le manque de temps. Je voudrais consacrer plus d’heures à la photographie mais les journées sont trop courtes. J’ai des idées et des projets que je n’ai pas le temps de développer.

S. D. : Parlez-nous de la série « Pete, 2020 » ? Comment s’insère-t-elle dans vos différents projets photographiques, et dans la formation suivie ? Que représente-t-elle pour vous ?

D. D. : Cette série est un pur produit de ma formation. Je n’aurais pas pu la réaliser sans ce que j’ai appris à l’Ecole du Regard. C’est exactement ce que à quoi je voulais arriver en m’inscrivant à ce cours.

Cette année, ce sont les élections présidentielles en Novembre aux Etats Unis et les Démocrates doivent présenter leur candidat face au candidat Républicain déjà en poste. Pete Buttigieg, l’un des candidats aux primaires Démocrates, est venu faire un meeting de campagne dans une ville voisine et je m’y suis rendue. Cela s’inscrivait exactement dans le cadre de ma formation. Je pouvais mettre en pratique tout ce que j’avais appris. J’y suis allée avec l’idée de témoigner de l’évènement mais aussi de raconter une histoire.

Mais ce n’est pas seulement un reportage, Pete était mon candidat. Je suis allée le soutenir.

Cette série est vraiment importante d’un point vue personnel. Elle représente ma première participation à un meeting de campagne et surtout mes premières élections dans un pays dont je viens tout juste d’acquérir la nationalité.

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