Photographie en noir et blanc de la Women’s March aux Etats-Unis.

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Ce mardi 3 novembre 2020, les Américaines et les Américains se rendront aux urnes pour élire leur nouveau Président. Cette élection est un moment critique car elle mettra à la tête de ce grand pays quelqu’un qui, par son attitude, ses mots et ses actes, pourra faire changer la vie de ses concitoyens, mais aussi les valeurs et les principes politiques… et cela, pour le meilleur ou pour le pire.

Marchons !, la série de photographies de Delphine Delquié que je vous présente aujourd’hui, nous montre des femmes et des hommes qui ont manifesté publiquement, tout au long du mandat du Président Trump, leur détermination à exister et à se faire entendre au sein du pays.

La série commence en 2017, avec la première Women’s March qui a directement suivi l’investiture du Président et s’achève en 2020 avec la manifestation Black Lives Matter.

Pour commencer, je vous propose de découvrir les deux premiers chapitres de la série Marchons !, accompagnés, plus bas, de quelques mots de la photographe sur son travail.

- Marchons ! Chapitre 1 : The Women’s March

- Marchons ! Chapitre 2 : La Marche des fiertés

Au-delà de leur dimension de témoignage historique et de leur charge émotionnelle de circonstance, il ressort de ces portraits une profonde dignité humaine.

Bonne découverte et à bientôt pour la suite de ces photographies américaines !

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Interview réalisée le 1er novembre 2020

Savine Dosda : Delphine, vous nous présentez aujourd’hui un projet très engagé et important en termes de nombre de photos, que vous avez appelé Marchons ! Pourriez-vous nous dire quelques mots sur vos intentions et vos motivations à photographier les manifestations et les manifestants ? Pourquoi ce titre aux accents guerriers ?

Delphine Delquié : C’est une sensation difficile à expliquer mais j’aime la foule et les mouvements populaires. J’aime en faire partie mais j’aime aussi les regarder passer. J’aime l’énergie qui s’en dégage et je suis admirative des photo-reporters qui arrivent à transmettre cette énergie par leurs photos. Lorsque je participe ou que j’assiste à une manifestation, je prends mon appareil avec moi pour la même raison : c’est-à-dire pour que l’on retrouve dans mes photos cette sensation que je ressens au contact d’une foule en mouvement.

J’ai choisi « Marchons ! » en hommage à la Marseillaise. Pour rappeler que je suis née dans un pays dont l’histoire a été bâtie sur les révolutions et les mouvements populaires. En venant vivre à côté de Washington, j’ai retrouvé cette ambiance de contestation. En associant un titre typiquement français a des photos prises dans les rues de la capitale américaine, j’ai voulu mélanger mes deux cultures, celle de mon pays d’adoption et celle du pays d’où je viens.

S. D. : En France, les manifestations sont des événements qui ont pu récemment connaître de nombreux débordements violents. Est-ce le cas aux Etats-Unis et comment avez-vous abordé ce risque pour vous qui n’êtes pas mandatée par un organe de presse ?

D. D. : Par miracle, je n’ai jamais assisté à quelque débordement que ce soit et je n’ai jamais assisté à aucune violence. J’ai tout simplement eu de la chance. Je ne prends aucun risque et parce que, justement, je ne suis pas affiliée à la presse, je reste rarement après l’heure autorisée.

S. D. : Pour vous, la photo est-elle un « simple » témoignage ou l’expression d’un regard d’auteur ?

D. D. : À l’origine, mon intention était de seulement témoigner, faire une sorte de reportage et des garder des traces des évènements de Washington. Et puis, petit à petit, j’ai fait évoluer ce témoignage en quelque chose de diffèrent, de plus personnel. J’ai commencé à identifier et à rechercher les sujets qui me tenaient le plus à cœur et je me suis de plus en plus investie dans ce travail de recherche pour finalement me consacrer uniquement à exprimer mon regard d’auteur.

S. D. : Comment vous êtes-vous emparée de ce sujet qui a été très fréquemment photographié, notamment la Gay Pride qui est vue aussi par certains comme une parade colorée, à la limite de l’exotisme ? Quel a été votre apport personnel en termes de regard ou de choix photographiques ?

D. D. : Je me suis emparée du sujet en décidant d’aller à ces manifestations en tant que photographe plutôt qu’en tant que manifestante. Car il est difficile de faire les deux et de ramener de bonnes photos. J’ai donc privilégié le regard en restant sur le côté. En ce qui concerne la Marche des Fiertés, j’ai travaillé à ce que cette série soit la reproduction exacte de ce que j’ai vécu et ressenti, en lui donnant le même rythme que la marche elle-même. On alterne les moments de fête, de danse, de chansons, et les moments plus calmes et apaisés. C’est pour cette raison que j’ai voulu alterner les portraits et les plans plus larges de foule, en faisant se succéder les moments forts en énergie et en mouvement, et les moments paisibles. La Marche des Fiertés peut ressembler à un joyeux rassemblement de gens venus faire les fous mais, lorsqu’au milieu de cette foule, on croise un regard intense, presque angoissé, on se souvient que ce mouvement est avant tout une marche pour l’égalité des droits et cette journée est aussi une piqure de rappel.

S. D. : À quoi voudriez-vous que ces photographies « servent », quelle réception en attendez-vous ?

D. D. : Avec le premier chapitre, La Marche des Femmes, je veux joindre ma voix à la leur, publier des photos pour rendre hommage à cette force tranquille et en majorité féminine qui a rappelé au Président, inlassablement, pendant ces quatre dernières années, que les femmes sont les égales des hommes.

Idem pour le chapitre sur la Marche des Fiertés. Je veux rappeler que la Gay Pride n’est seulement un moment de fête, que c’est aussi le rassemblement de ceux et celles qui ont dû se battre pour acquérir des droits et qui se rassemblent encore pour se donner le courage de continuer.

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